Les jours raccourcissent, l'envie de cocooning s'installe : découvrez des logements neufs pensés pour ça

Interviews DES ACTEURS DE L'IMMOBILIER NEUF

Edition du 02/11/2026

Rémi Babut, The Shift Project : « Le logement neuf idéal sera plus bioclimatique »

Rémi Babut, du Shift Project, partage sa vision d’un logement neuf plus sobre, bioclimatique et adapté aux enjeux climatiques.
Rémi Babut, du Shift Project, partage sa vision d’un logement neuf plus sobre, bioclimatique et adapté aux enjeux climatiques.

Faut-il construire moins de logements neufs pour réduire l’empreinte carbone du bâtiment ? Comment concilier sobriété, accessibilité au logement et transition écologique ? Rémi Babut, spécialiste logement dans le think tank The Shift Project, revient sur les évolutions nécessaires pour adapter la construction neuve aux besoins de demain, sans opposer impératifs climatiques et besoins en logements.

- Vous défendez au sein de The Shift Project une forme de sobriété dans le logement neuf. Est-ce compatible avec les besoins en logements et la nécessité de produire des logements abordables ?
 
« Je ne dirais pas que nous prônons moins de logements, mais plutôt que nous devons nous rapprocher de la juste quantité. Lorsque nous avons élaboré notre premier scénario, en 2020, nous constations que, durant les années précédentes, près de 400 000 logements étaient construits chaque année, alors que le nombre de nouveaux ménages se situait autour de 250 000 par an. Il existe donc un décalage important entre ces deux paramètres, même s’il faut évidemment tenir compte des besoins de rattrapage.
Une partie des logements produits alimente le parc de résidences secondaires, tandis qu’une autre vient compenser la vacance qui continue de se créer. Ces phénomènes traduisent notamment les migrations résidentielles, globalement des zones rurales vers les zones urbaines, mais aussi vers les littoraux.
 

« Il y a une question à se poser sur les endroits où l’on encourage la construction »

 
A long terme, nous devons donc davantage nous interroger sur la manière dont nous organisons le territoire et dont nous répartissons les emplois. La concentration métropolitaine pose question : est-elle viable à long terme ? Car ce sont souvent les zones où l’attractivité est la plus forte qui rencontrent le plus de difficultés à construire suffisamment, notamment pour répondre aux besoins en logements sociaux.
Construire davantage dans ces secteurs ne fait pas nécessairement baisser les prix. Cela peut aussi contribuer à entretenir leur attractivité. Nous pourrions donc mobiliser différemment certains outils fiscaux et certaines politiques industrielles pour mieux répartir les activités et les besoins en logements. Il ne s’agit pas de disposer d’une solution clé en main, mais de nous interroger sur les dynamiques actuelles.
Notre scénario initial maintenait une production de 400 000 logements par an jusqu’en 2035, notamment pour tenir compte des projections démographiques de l’Insee et rattraper une partie du retard accumulé en matière de logement. Depuis, les projections ont été actualisées et les dynamiques de création de ménages ont été revues à la baisse. Il faut donc réexaminer les besoins à partir de ces nouvelles données. »
 
- Cette évolution démographique implique-t-elle de construire davantage de petits logements et moins de grands appartements familiaux ?
 
« A l’échelle nationale, les projections indiquent que les nouveaux ménages seront presque exclusivement composés d’une personne, et dans une moindre mesure de deux personnes, à l’horizon 2050. Cela signifie que les besoins devraient davantage porter sur les petites typologies.
Or, dans les opérations d’aménagement auxquelles je participe en tant qu’urbaniste de formation, les logements familiaux, les T4 et les T5 et plus, occupent souvent une place importante dans la programmation. Les collectivités souhaitent attirer des jeunes actifs et des familles, mais elles n’ont pas toujours pleinement intégré ces évolutions démographiques.
 

« Il y a peut-être un changement de regard à opérer du côté de certains élus »

 
Les outils développés par le Cerema, notamment OTELO, qui permettent d'estimer les besoins en logements, peuvent contribuer à mieux prendre en compte ces évolutions dans l’élaboration des programmes locaux de l’habitat.
Il faut néanmoins rester prudent : les tendances nationales ne se traduisent pas uniformément dans tous les territoires. On pourrait, par exemple, voir davantage de petits ménages s’installer sur les littoraux, tandis que certaines métropoles conserveraient des besoins importants en logements familiaux. Ce n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Il faut analyser finement les dynamiques locales pour adapter l’offre. »
 
- Est-ce la fin de la maison individuelle neuve, avec son jardin et ses quatre façades ?
 
« La fin de la maison individuelle, certainement pas. En revanche, ce modèle doit se réinventer. La maison isolée au milieu de sa parcelle, avec un jardin tout autour, est probablement appelée à devenir moins présente dans la construction neuve.
logo The Shift Project
The Shift Project, think tank créé en 2010, veut éclairer le débat sur les défis climat-énergie et proposer des solutions pour décarboner l’économie. @DR
Nous continuerons à construire des maisons individuelles, mais davantage sous des formes plus denses : des maisons en bande, intégrées à des opérations avec plusieurs types de logements, par exemple. Le recul de la maison individuelle pourrait être plus marqué que celui du logement collectif, avec des différences importantes selon les territoires. Certaines régions, comme la Bretagne, continuent aujourd’hui de construire beaucoup de maisons individuelles.
 

« Il est probable que la maison individuelle se construise sous des formes plus denses »

 
Cette évolution est également souhaitable du point de vue de la mobilité. Des quartiers plus denses permettent de mieux organiser l’urbanisme, de faire émerger des pôles de commerces et de services et de faciliter leur desserte par les transports en commun. L’objectif est de limiter la dépendance à la voiture individuelle, notamment dans les territoires où elle reste indispensable pour la plupart des déplacements. »
 
- La RE2020 va-t-elle suffisamment loin pour répondre aux enjeux climatiques, alors qu’elle entraîne aussi des surcoûts ?
 
« Sur le volet énergétique, nous avons déjà accompli une grande partie du travail. La RE2020 a notamment favorisé le recours à des systèmes de chauffage peu carbonés, comme les pompes à chaleur, ainsi qu’à des bâtiments moins consommateurs d’énergie.
Les émissions liées à l’énergie représentent encore environ un tiers des émissions sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment. Elles restent donc significatives, mais les réseaux énergétiques vont eux aussi se décarboner et de nombreux bâtiments parviennent déjà à faire mieux que les exigences réglementaires.
 

« La RE2020 pourrait aller plus loin en abaissant encore un peu le seuil carbone »

 
L’enjeu aujourd’hui n’est pas nécessairement de réduire davantage les consommations, mais plutôt de renforcer les exigences sur le carbone, notamment dans le logement collectif. Dans la maison individuelle, la pompe à chaleur est devenue la solution de marché. Dans le collectif, des progrès restent possibles.
Le seuil carbone actuel autorise encore certaines solutions hybrides intégrant du gaz, par exemple pour le chauffage, avec un ballon d’eau chaude thermodynamique. Or, verrouiller aujourd’hui des logements sur le gaz n’est pas souhaitable, compte tenu de la nécessité de réduire progressivement notre dépendance à ces réseaux. Il est toutefois difficile de disposer de données suffisamment robustes et récentes pour mesurer précisément l’évolution de ces équipements dans le collectif.
Plus largement, la RE2020 doit poursuivre sa trajectoire de réduction des émissions. Elle a fait évoluer l’ensemble de la filière, y compris des secteurs industriels comme celui du ciment, qui ont engagé des transformations importantes.
Concernant les surcoûts, ils existent, mais ce n’est pas, selon moi, le premier problème à résoudre pour rendre le logement plus abordable. Le rapport Rivaton, publié en 2025, a notamment examiné les exigences de la réglementation et leurs conséquences économiques. Les conclusions et les ajustements qui ont suivi sont finalement restés relativement mesurés. Globalement, la RE2020 me paraît être une réglementation intelligente et cohérente avec les objectifs nationaux, même si certains aspects techniques, notamment la comptabilisation du carbone stocké dans les produits bois, méritent encore d’être examinés. »
 
- Si le carbone est nécessairement au cœur de la réglementation, quels progrès reste-t-il à accomplir sur le confort d’été et la gestion de l’eau ?
 
« Le confort d’été doit en effet encore progresser. La prochaine évolution de la réglementation pourrait également ouvrir des perspectives sur d’autres sujets liés à la santé et à la qualité des bâtiments. Une réglementation de ce type évolue périodiquement, et une consultation est actuellement en cours du côté du ministère.
Concernant l’eau, il a probablement été considéré que le changement de cap sur le carbone représentait déjà une transformation suffisamment importante pour la filière. Cela ne signifie pas que le sujet de l’eau soit secondaire.
 

« On pourrait aller plus loin, y compris sur l’eau chaude sanitaire »

 
Les équipements ont déjà permis de réduire les consommations d’eau par rapport à celles d’il y a quelques années. Mais des progrès supplémentaires sont possibles, notamment pour l’eau chaude sanitaire.
Il faut toutefois examiner les solutions au cas par cas, en fonction de la densité des bâtiments, des possibilités de stockage et des conditions d’accès aux équipements. Il existe aussi des enjeux sanitaires et d’organisation collective, notamment concernant l’assainissement. L’objectif est de réduire davantage l’impact environnemental des logements sans négliger ces contraintes. »
 
- Matériaux biosourcés, construction hors site : ces solutions peuvent-elles accélérer la décarbonation du logement neuf ?
 
« Nous pourrions certainement aller plus loin sur les matériaux biosourcés. Mais les dernières années ont montré que les seuils de la RE2020 pouvaient être atteints sans construire des bâtiments intégralement biosourcés, contrairement à ce que certains acteurs envisageaient initialement.
Il est possible de s’approcher des exigences en combinant notamment du béton bas carbone et certains éléments biosourcés. Les progrès industriels devraient continuer à faciliter l’atteinte des seuils, même si des incertitudes subsistent pour les échéances les plus lointaines.
 

« Nous n’avons pas encore de signaux forts sur l’intérêt carbone majeur du hors-site »

 
Je n’ai pas d’a priori négatif sur la construction hors site, mais nous ne disposons pas encore d’études génériques permettant de démontrer un avantage carbone majeur et systématique de ces procédés.
Les bénéfices sur les chantiers sont néanmoins assez évidents, notamment en matière de sécurité et de conditions de travail, puisque certaines opérations sont transférées en usine. Le hors-site offre également des possibilités de réduction de l’impact carbone grâce à la mutualisation, à l’optimisation des approvisionnements, à l’utilisation de matériaux biosourcés, à l’assemblage à sec ou encore au réemploi.
La filière est toutefois encore en structuration. Nous attendons notamment les résultats d’une étude de l’Ademe qui pourrait apporter des éléments de réponse. A ce stade, il est donc prématuré de considérer la construction hors-site comme l’un des leviers majeurs et incontestables de la décarbonation du bâtiment. »
 
- A quoi ressemblerait votre logement neuf idéal en 2050 ? Que devraient changer les promoteurs pour y parvenir ?
 
« J’imagine un logement encore plus bioclimatique que ce que l’on construit aujourd’hui. Certaines opérations sont déjà très performantes, mais, dans d’autres cas, la RE2020 constitue surtout un minimum à respecter : comme une relativement bonne voiture balai ; mais la culture du bioclimatisme peut encore se diffuser chez les promoteurs et les architectes, afin de concevoir des bâtiments confortables tout au long de l’année, notamment pendant l’été.
Nous pouvons aussi progresser sur les matériaux sains. Même si les pratiques s’améliorent, nous continuons à intégrer dans les bâtiments certains produits qui ne sont pas particulièrement favorables à la qualité de l’air intérieur. Cela dit, ce problème concerne le neuf à la marge : l’amélioration du parc existant constitue également un enjeu majeur.
 

« Réussir à ne pas trop consommer, c’est aussi un service à rendre à la communauté nationale »

 
Il faut continuer à réduire progressivement les consommations. La RE2020 a déjà permis des progrès importants, et certaines opérations vont même au-delà de ses exigences, avec des consommations inférieures de 20 % aux niveaux de référence.
A l’horizon 2050, l’ensemble des logements neufs construits selon des standards plus vertueux pourrait permettre d’économiser plusieurs térawattheures, selon les ordres de grandeur de nos travaux. Ce n’est pas négligeable à l’échelle du système énergétique national.
Nous avons d’importants chantiers devant nous, notamment pour déployer les énergies renouvelables et renouveler le parc nucléaire. Réduire les besoins énergétiques des bâtiments facilitera la mise en place d’un système électrique décarboné. C’est donc un bénéfice qui dépasse le seul logement : c’est aussi une contribution collective à la transition énergétique. »

Par Céline Coletto

Tags immobilier neuf | logement neuf | RE 2020 | décarbonation | The Shift Project |

Partager sur :

Les derniers articles de la catégorie Interviews

Programmes consultés